Un peu alchimiste j’aime broyer les pigments pour mieux dompter la couleur, jouer avec les matières, introduire dans mes tableaux, des papiers déchirés, des tissus peints dans d’autres séances, du carton ondulé, des matières végétales comme le sisal ou des feuilles d'arbre séchées, des lettres manuscrites passées par le temps ou des partitions chinées dans une brocante. En plus de l’acrylique j’utilise de l’encre, du brou de noix parfois de la tempera, j’imprime des motifs de cachemire ou des lettres géantes avec des tampons en bois découverts chez un indien, en saupoudrant le tout de sable ramené de mes voyages.
C’est ma vie toute entière qui entre dans ma peinture : la rencontre fortuite d’un télégramme, d’un livre de solfège manuscrit de 1800, d’une lettre, d’un cahier de chanson de 1930, d’un timbre ; tout ce que je trouve au hasard de mes promenades ou de mes voyages remplit l’atelier d’une multitude de papiers, chacun porteur d’une histoire que je m’approprie. J’aime réutiliser, recycler, transformer, transcender pour créer la beauté.
J’écris tard dans la nuit, parfois directement sur mes tableaux comme pour « Soir de neige », et avec ma «Cola Pen » fabriquée maison ou le tire ligne de mon grand-père paternel je trace, j’accepte et j’utilise l’imprévu des aspérités, j’explore l’erreur, la « tâche» devenant source créative. D’autres fois je travaille les deux séparément et leur rencontre n’existe que sur la toile (« Comme une bulle ») ou c’est le poème qui va engendrer une ou plusieurs peintures et rester à l’extérieur comme en miroir.
L. Vargoz Février 2009